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24 février 2011

Arrêt sur image

Une très très vieille télé...Aujourd'hui, c'est le grand jour : j’ai décidé de changer de téléviseur. Le mien fonctionne très bien, mais il est trop petit, trop gros, trop laid, trop dépassé, trop tout. Pour cette mission délicate, j'ai pris la décision de m'en remettre à un grand distributeur. Qui dit grand, dit choix, expertise, bonnes affaires, et tout et tout. Après une traversée en solitaire du rayon high-tech (c'est fou comme les télés se ressemblent !), j'attire l'attention à coups répétés de caddie dans les mollets (c'est ce qui marche le mieux) d'un vendeur qualifié qui manifestement a mille autres choses à faire qui n'ont rien à voir avec la vente d'un quelconque appareil électrique. 

La machine...D’un ton glacial, qui ne manque toutefois pas de compassion pour ma méconnaissance flagrante en matière de technologie, il met un point d'honneur à m’initier (m'humilier ?) publiquement aux mystères des hertz, aux charmes des HDMI, aux vertus des USB, aux secrets des LCD, LED et autres plasma. Étourdi par une telle maîtrise d'un sujet aussi complexe, j’essaie tout de même de lui extorquer quelques infos utiles pour moi, futiles pour lui, telles que le prix, la mise en marche et les délais de livraison. De plus en plus bougon, effaré par la bêtise décomplexée de l’ignare qui lui fait face, il daigne avec condescendance m’expliquer que le prix est dérisoire vu la qualité exceptionnelle de la machine multifonction qu'il glorifie (je brûle de lui demander si elle fait aussi le café et la vaisselle, mais allez savoir pourquoi, j'y renonce). Il ajoute avec un sourire en coin que la mise en route est d’une simplicité enfantine (bébés comme grabataires, c'est à la portée de tous) et que la livraison est inutile car 20 kilos, c'est si peu que l’on peut enfiler des kilomètres à pied sans aucun problème. Dernier conseil de pro : son regard narquois, qui me fait bien comprendre qu’il me faut absolument et rapidement remédier au médiocre développement de ma masse musculaire, tout en m’imprégnant de notions d’électronique, de connectique, d’informatique, d’audio, de vidéo, etc. Sinon, je resterai un homme de Cro-Magnon (mais sans les muscles). Confiant dans l’expertise d’un tel spécialiste (qui semble combiner avec succès force et intelligence), j’opte pour le téléviseur qu’il me conseille (« la merveille dernier cri ») et les garanties qu’il me propose (m’impose ?). Après un classique passage en caisse (j'attends patiemment avec quelques dizaines de clients que la caissière termine son aparté téléphonique avec sa meilleure copine), je prends le téléviseur dans mes bras (enfin, disons-le, à pleins bras). Il pèse d’ailleurs plus de 20 kilos ; je sais, c’est bon pour la forme, mais j’appelle quand même un copain pour m’aider à transférer l’engin.

câble antenneArrivés à mon domicile (4ème étage sans ascenseur), nous installons le téléviseur fraîchement déballé sur un meuble qui gémit sous la charge inattendue. Sourds à ses plaintes, nous branchons les deux câbles,  un sur l’électricité, un sur la prise antenne. Rien de plus facile ! Je mets l’appareil sous tension, et... surprise. Pas de bouton marche-arrêt. Nous entamons une danse du scalp autour de la télé, mon copain dans un sens et moi dans l’autre. Rien devant, rien derrière, rien sur les côtés. Songeurs, nous fixons la bête avec stupeur d’abord, haine ensuite. Jusqu'à ce que, oh ! miracle, une lumière rouge (de colère ?) surgisse d'un coup. Quelques minutes après, le diagnostic tombe sous la forme d'une annonce sibylline qui apparaît sur l’écran: « pas de signal vidéo ». Une analyse poussée nous révèle que tout ça, c’est de la faute du câble antenne ; il faut un embout mâle. Évidement, on a choisit un embout femelle (quelle idée ?). Pas de panique ! Une course rapide chez le marchand et le problème est réglé. Et ça marche ! Bon, mais comment l’arrêter sans bouton marche-arrêt ? Une lecture fastidieuse de la notice en anglais (c'était ça, ou l'espagnol ou le chinois, langues que nous ne maîtrisons pas totalement) nous apprend que l’arrêt est automatique après 4 heures de veille. Soit, je mets en veille ; le lendemain, la télé est toujours allumée. Bon, ce n'est pas grave, il y a justement un film que je ne veux surtout pas manquer. Le suspense bat son plein, l’intrigue est sur le point de se dénouer, je regarde mon nouvel écran avec amour...

Quand soudain, l’image est remplacée par ces mots :

Extinction automatique dans 15 secondes, 14, 13 …
Auteur : Marc Duclos

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