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28 février 2011

Mon premier jour en entreprise (partie 1)

L'ours
Le premier jour dans une nouvelle société, c’est un peu comme la rentrée des classes. On sait vaguement comment ça se passe, dans les grandes lignes, mais on ignore à peu près tout, en particulier. Alors ce jour-là, par précaution, on marche sur des œufs, même si on a l’air de tout (éléphant, singe, ours…) sauf d’une bête légère et gracieuse, respirant le bien-être et la sagacité.


Choisir sa tenue vestimentaire


CostumeLe point de départ : la tenue. On a beau dire que l’habit ne fait pas le moine, il n’en reste pas moins qu’en entreprise, l’habit fait bel et bien le pingouin. Et lorsque l’on ne connaît pas (ou trop peu) les règles vestimentaires en vigueur et que l'on est un homme, on n’a pas vraiment le choix : le costume s’impose (la totale, hein, pas juste une veste et un pantalon dépareillé), avec la cravate qui va bien (pas celle avec Titi et Gros Minet) et pas le nœud papillon (c'est un peu too much, même si c'est l'occasion où jamais de le porter), la chemise à col rigide (repassée, la chemise), les boutons de manchette assortis et tout le tintouin.
Nœud papillonEt si ce n’est le cas (il existe des petits veinards, oui, oui), certains accessoires (pourtant particulièrement appréciés au quotidien et synonymes de rendement à la maison) sont totalement bannis le jour J.
Nous ne citerons que trois exemples significatifs :


les baskets : destinées avant tout (on l'oublie trop souvent) aux sportifs de haut niveau (ou du dimanche), en entreprise, elles passeront au mieux pour des tatanes de kéké, au pire, pour des croquenots de plouc.

Paire de baskets
le jean : c'est l'étiquette « trop cool, trop con » assurée Le jean

la chapka : à laisser au fond de la penderie si on ne veut pas avoir l'air d'une truffe doublée d’une crêpe (vu qu’à un moment, il faudra bien l'enlever, la chapka)
La chapka

Comment faire le premier pas, et bien


Paillasson typiqueAinsi donc, endimanché comme le dernier des cornichons, on pousse la sacro-sainte porte de l’Entreprise. C’est d’ailleurs le moment idéal pour inspirer un grand coup ; ça risque bien d’être notre dernière bouffée d’oxygène. En outre, cela permet de recentrer les chakras avant d’affronter l’ennemi, car ce dernier, perfide, se terre partout :
  • Le paillasson : on se prend les pieds dedans, lâchant simultanément un « merde » retentissant ; là, tous les regards convergent. Forcément, il s’agit d’un objet collectif, et saloper une telle pièce avec des godillots crottés confine à la profanation.
  • La porte du bâtiment : on ne l’ouvre jamais dans le bon sens (tirer ou pousser, parfois, relève du problème métaphysique, même pour quelqu’un d’une intelligence exceptionnelle), il faut toujours s’y reprendre à plusieurs fois (suite, souvent, à une mauvaise évaluation de l’adversaire, qui se révèle mille fois plus lourd que prévu), et parfois, on se transforme bon gré mal gré en brute épaisse (ça, c’est généralement quand on se trompe de sens).
  • L’accueil : on ne le trouve jamais et lorsque l'on entame un courageux passage en revue des bureaux, ce n’est pas toujours une bonne idée ; prendre ses futures collègues (ou supérieures) pour des secrétaires nous fait nécessairement passer pour un phallocrate mal dégrossi.


Les « autochtones de l’open space », ces nouveaux amis


Un pingouin, un vrai...À présent, entrons dans le vif du sujet, là où ça fait mal, aussi… Bernard arrive au pas de charge, mais c'est normal ; ce n'est pas une excuse pour mettre les bouts en rugissant « au feu ! ». On sait tous qu’un salarié qui ne se rue pas de bureau en bureau comme une mouche sur le gras des vaches, ne dégringole pas les escaliers avec la discrétion d’un régiment de cavalerie et ne traverse pas la cour en soufflant comme un âne est un glandu; un peu de sport, que diantre ! Cela ne fait de mal à personne. Mais revenons-en à Bernard, notre supérieur direct, celui que l’on reconnaît d’un coup d’œil à… sa veste. En effet, en entreprise, la veste est avant tout un signe distinctif, permettant d'afficher son rang hiérarchique (comme les décorations dans l’armée). Bien sûr, pour nous, il est trop tard ; apparenté à la race maudite des meringues et autres dominos, on passe au mieux pour le numéro deux de la boîte, au pire, pour le requin de service dont les dents raient le parquet derrière ledit numéro deux. Bref, Bernard, qui en a vu d'autres, nous broie la main avec application. Notez que dans ces circonstances, bien particulières, il s’agit d’un acte civilisé. On s’abstient donc de lui en mettre une ; en outre, comme on n’est pas là par piston et qu’on ne connaît pas personnellement Bernard (Bébert le pépère à mémère pour les intimes), on évite la bourrade virile.

Satisfait par cette première épreuve de force remportée haut la main, Bernard s’engouffre dans l’enchevêtrement de couloirs, sas, escaliers et autres ascenseurs ; nous, on le suit sans moufter, et au pas de course. Notez qu'il s'agit d'un excellent test pour savoir si les chaussures qui nous ont coûté un bras adhèrent autant sur le lino, la moquette, le parquet, le béton ciré que les pavés mouillés. Bien sûr, on comprend très vite qu’on ne retrouvera jamais la sortie tout seul, mais chaque chose en son temps. D’autant qu’un grand moment de solitude se profile derrière ce galop effréné : la découverte de notre lieu de travail, notre petit espace à nous, là on devrait se sentir bien, si bien, et où l’on se sent pourtant mal, si mal, sous le regard lourd de sous-entendus de nos nouveaux collègues, ces « autochtones de l’open space ».

Ces autochtones de l’open space


Auteur : Cécile Duclos

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Le comble est que ce petit jeu se répête au sein d'une même entreprise. Et oui, vous changez de fonction sans changer d'entreprise : Même combat
Etape 1 : Rencontre avec la RH : des fois que l'entreprise qui vous rémunère depuis quelques années déjà, ne soit pas bien sûr de vos compétences, Anticipation, maître mot absolu et dans la durée s'il vous plait!
Etape 2 : Arrivée au bureau, je vous invite à renouveler la lecture de ce post.
Un éternel recommencement n'est il pas?

Anonyme a dit…

Un beau pingouin cache parfois un dandy... Dernier héros des temps modernes !

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