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16 mars 2011

Les enfants, c’est la honte

Vous promenez le LuluQuand vous promenez le Lulu (bobonne vous fait toujours faux bond, pensez, elle a bien mieux à faire), avez-vous remarqué à quel point il était fort, la canaille, pour vous ridiculiser en public ? Tenez, ne serait-ce qu’en croisant la concierge l’autre jour, il s’est exclamé : « Papa! Papa! Pourquoi la dame elle est enceinte du cou ? ». Bon, la Josiane est dotée d'un goitre fort disgracieux mais tout de même, là, le Lulu y a été un peu fort… Et la première fois qu’il est allé au jardin pour enfants ? On ne l’arrêtait plus, il parlait à tout le monde : « Pourquoi qu't'es toute noire, toi? », « Comment qu’t’arrives à marcher, gros comme t’es ?» « Moi aussi, Papa, j'peux avoir une chaise qui roule ? »... à croire que parfois, il le fait exprès. 

y a des bébés, c'est comme ça, ils ont des têtes de petits vieuxEn découvrant le bébé tout fripé tout vilain de votre amie d'enfance (y a des bébés, c'est comme ça, ils ont des têtes de petits vieux, on n’y peut rien), le Lulu ne s’est-il pas mis à piaffer comme un bossu ? Allez expliquer à Karine, après, que si vous avez piqué un fou rire avec votre fils, ce n’était pas du tout (mais alors pas du tout) à cause de la tête de shar-Peï de son loupiot ? Et lorsque la cousine Sophie (l’éternelle célibataire) est venue vous rendre visite au printemps dernier, pourquoi diable le Lulu lui a-t-il demandé : « C’est vrai qu’tu broutes des minous ? » ? Bien sûr, on ne peut pas lui en vouloir, au Lulu ; il ne sait ce que ça veut dire « brouter des minous », mais répéter, ça, il sait faire ! Faut dire que Tonton Dingo, le Lulu ne l’a pas épargné non plus… Après lui avoir martelé les tempes en gazouillant « Crâne d'œuf ! Crâne d'œuf ! », il s’est mis à lui tirailler les incisives « Oh les chicots (les chicots co co…)! ». Le Tonton, chauve comme un cul, est devenu rouge de colère : « Mais qu’il est bête ce gosse ! J'ai pas de chicot, moi, j'ai un dentier, UN DENTIER !». Puis il est parti, comme ça, sans rien ajouter (comme la cousine Sophie, quoi) et le Lulu s'est mis à pleuré, tout dépité ; il a fallu lui acheter un dentier à ressort, au pauvre gosse, avec une paire de maracas.

La bagouse de Tata RadasseEt Tata Radasse !... Ouh là là, celle-là, elle en a pris pour son grade. Elle est arrivée les mains vides (comme d'habitude, c'est plus simple pour voyager), mais le Lulu, lui, il attendait un p’tit quelque chose, un petit rien, quoi, une voiturette, une toupie, des billes… Alors il s'est mis à lui tourner autour, la menotte tendue. On voyait bien qu'elle était embêtée, la Tata Radasse ; le Lulu taquinait sa montre, roulait sous ses jupes, caressait son châle, jouait avec ses lunettes... Mais se croyant plus maligne que tout le monde, elle n’a pas trouvé mieux qu’exhumer un vieux mouchoir de son corsage pour l’offrir, la main sur le cœur, au p’tit Lulu. Comme si on le dupait comme ça, le marmot ! Il n'en a pas voulu, lui, du vieux mouchoir tout pourri de Tata Dégueulasse ; la grosse bagouse de famille l’intéressait beaucoup plus ! « Tu m'donnes ta bague, dis ? », qu'il répétait le p'tit Lulu. « Et pour quoi faire, hé? », qu'elle répondait, la Radasse. Le Lulu, lui, il ne lâchait pas prise (pas folle la bête) : « Aucun gars y voudrait d’une moche… et pis Papa, y m’a dit qu’t’en avais plus pour longtemps ; alors tu m’la donnes, dis ? ». Tata Radasse est devenue écarlate : « T'es une fille peut-être? Et vous autres, bravo ! Pas un sou, vous m'entendez ? PAS UN SOU ! Morte ou vive, vous n’aurez rien ! Rien de rien ! Bande de charognards, va!».


Morale de l'histoire : Quand la marquise de Sévigné écrivait : « j'ai peur qu'elle ne fasse honte à ses parents », on la comprend.

Auteur : Cécile Duclos

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