Loading

7 mars 2011

Mon premier jour en entreprise (partie 2)

Le tour des bureaux (bourreaux ?)


Le tour des bureaux (bourreaux ?)Cependant, il n’est pas question de nous avachir sur-le-champ sur notre chaise (roulante, tournante, à pistons, etc.) et de lourder en vrac nos clics et nos clacs ; on n’est pas chez les sauvages (et Bernard, malgré ses grands airs, n'est pas un chef de tribu). Car le moment est venu de faire le tour des bureaux (impossible de s'y soustraire ; simuler une grippe intestinale n'y changera rien), un épuisant marathon qui met d’emblée en lumière l’un de nos plus gros défaut : la mémoire. Marguerite, Amal, Paul, Brandon, Léonard, Farid, Nadia, Brigitte, Jeanne, Nathalie… La liste est sans fin, les visages se ressemblent tous, quant aux fonctions, si au moins, on savait à quoi ça correspond !...  Au bout du compte, le premier jour, femme de ménage ou directeur général, c’est kif kif bourricot ; c'est pourquoi il est préférable de ne  faire remarquer à personne que l’aspirateur a été passé par un sagouin.

Les toilettes, une idée de génie


Les toilettes, une idée de génieLors de cette éprouvante tournée, toutefois, on oublie systématiquement (à se demander si ce n'est pas fait exprès) de nous montrer l’essentiel (qui est bien plus important pour notre survie que le libellé exact du poste à rallonge de Virginie) : où se trouvent les toilettes. Sur le vif, on ne pense pas, bien sûr, à s'enquérir de pareille broutille (embarrassante, qui plus est) ; comme si l'on ne se sentait pas suffisamment ballot devant cette armée d’employés en jeans baskets, engoncé dans notre costume d'opérette. Bref, les toilettes deviennent  rapidement, par la force des choses, l’énigme de la journée ; et c’est lorsque l’on commence vraiment à souffrir le martyre qu'enfin, on a sa première idée de génie (selon les personnes, cela peut prendre de quelques heures à plusieurs jours) : observer les faits et gestes de ses congénères. Attention, il ne s’agit pas de les épier d’un œil torve (ils nous prendraient direct pour la nouvelle taupe de la direction) mais de repérer leur point de convergence. Deux cas de figure sont alors susceptibles de se présenter : si on a de la chance,  ledit point de convergence se trouve dans notre champ de vision ; si on n’a pas de bol, il nous faudra suivre (l’air de rien) l’un des salariés que l’on soupçonne de se rendre en ce haut lieu de perdition dont on n'ose même pas prononcer le nom (ça serait pratique, pourtant, on pourrait se renseigner auprès d'Odette, euh, Raymonde, bref, notre voisine), dans l’espoir qu’il n’aille pas chercher sa fiche de paie au secrétariat (la secrétaire, c'est Brigitte, pas Nathalie). 

La pause café


Mais assez tourné autour du pot : en entreprise, on ne tergiverse pas, il faut aller droit au but. On est là pour bosser, que diable, et la tâche communautaire et fédératrice de la matinée (s’y dérober serait très très mal vu, même si l’on ne boit ni café ni thé ni rien du tout ; les chameaux, en entreprise, ça existe) reste la pause café ; un enfer... Évidemment, on n’a pas prévu de monnaie pour la machine à café (est-ce qu’on nous la présentée, d’ailleurs, cette bête-là ?) et il faut commencer par mendier à la ronde pour quelques centimes d'euros ; et comme personne n'a d'argent (certains ne reculent devant rien et peuvent aller jusqu'à retourner une poche ou deux), ça se termine par un pot commun (ils se mettent à dix pour refiler leurs pièces de 1, 2 et 5 centimes). Évidemment, l’expresso est infect, mais on ne peut pas se permettre de cracher par terre dès le premier jour (ni de grimacer comme un singe).  Évidemment, personne n'en décoince une et de confusion, on finit par se renverser du café sur la veste (là aussi, si l’on est poissard, la quantité de liquide et le vêtement peuvent varier). Tout le monde éclate alors de rire en se tapant des coudes et l’on peut se féliciter : au moins, on servira de bouffon de service. Franchement, bravo ! 

Le téléphone pleure


L’estomac au bord de lèvres (mais ça lui arrive, au Lucien (directeur général que l’on prend pour le sous-fifre des services généraux), de nettoyer cette saleté de machine ? ), on rebranche notre cerveau quelques secondes pour identifier la bonne place (la nôtre, pas celle de Lucette) et s'y installer (enfin !). Mais à peine a-t-on eu le temps de s'autocongratuler pour avoir si adroitement dissimulé notre mémoire de poisson que le téléphone sonne. On sursaute, on rougit, on tremble. Le silence tombe dans l'open space comme la lame d'une guillotine. Les autochtones guettent ; il faut agir, et vite, et tuer dans l'œuf la sonnerie réglée (par défaut) au maximum de sa puissance. À cette fin, on se racle professionnellement la gorge (on n'est jamais à l'abri d'un chat) et on décroche, vaillamment (il est préférable d'attendre quelques semaines avant de se payer le luxe de décrocher pour raccrocher aussi sec) : Allo ?



Le trombinoscope


L'appareil photo bas de gammeSuspendus à nos lèvres, les autochtones échangent un sourire entendu : on est convoqué dans le bureau des RH ; déjà ! Pas de panique, on se lève et on y va, tête haute. Patrick, le directeur des ressources humaines en personne, nous accueille avec un grand sourire. Et pour cause ! Il s’agit de faire notre entrée (et non une sortie prématurée) dans... le trombinoscope. Les yeux pétillants, Patrick nous invite à nous asseoir à une table de réunion, en face de lui (à un mètre et des brouettes, à peine). Puis il dégaine fièrement un appareil photo bas de gamme avant de s’approcher, encore et encore, tout en continuant à nous faire risette (à cet instant critique, on remercie le ciel pour la résistance légendaire des meubles IKEA) ; et soudain, scratch. Le flash part et c'est trop tard : les traits pincés, le sourire niais (c'est qu'il fallait y mettre du sien, en plus), la tâche sur la veste... tout est immortalisé. Seul point positif : le message de présentation des petits nouveaux n'arrivera dans toutes les boîtes mail de l'entreprise (la nôtre y compris) que le lundi suivant ; une bonne piqûre de rappel, y a rien de tel pour le moral.

La libération


Le sourire incontrôlableLa première journée est toujours longue, très longue, très très longue… Et pourtant, il ne se passe la plupart du temps pas grand-chose, voire rien du tout. On nous file une pile de paperasse à potasser (dès la troisième page, on doit engager une lutte sans merci contre le sommeil), on se retrouve tout seul pour déjeuner (le grec du coin, par respect pour les autochtones que l’on connaît encore trop peu, on se le réserve pour la semaine suivante), on n’ose pas partir parmi les premiers (le commando des rebelles, tous en liste noire) ni avec les seconds (la troupe des feignasses), et quand l’heure arrive enfin de sortir de cet atroce cauchemar, un sourire incontrôlable (qu'il faut à tout prix cacher) vient illuminer notre visage pour la première fois de cette sinistre journée : le sourire de la libération.


Conclusion : ne prenons pas les choses au tragique, il ne s’agit que d’un mauvais moment à passer, et personne (ou presque) n'y échappe.

Auteur : Cécile Duclos

Aucun commentaire:

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...