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22 mars 2011

Pendant que le Japon coule, que fait le monde ?

La centrale nucléaire de Fukushima-DaiichiPendant qu’au Japon, les jolis cœurs de la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi fondent entre deux explosions de joie (ils sont déjà sur leur petit nuage) et que la terre tressaute toujours d'extase, les enceintes extérieures se fendent la poire (pudiquement, on qualifie de «fissures» leur sourire de huit mètres de large). À Tokyo, où ne vivent que 35 millions d'habitants (un village gaulois, à peine), le taux de radioactivité a atteint un seuil critique (nullement dangereux pour la santé, il va de soi) ; l’eau potable n’est plus qu’un heureux souvenir, et l’électricité, un mauvais. Quant à la nourriture, qui s’en soucie ? Un grain de riz ingéré, c’est simple comme adieu.

Et à l’autre bout du monde, là-bas où on ne risque rien, mais absolument rien du tout, que faisaient donc nos dirigeants en ce mardi 15 mars 2011, soit 5 jours après l'anodin tsunami déclenché par un bénin séisme de magnitude 8.9 ?

Douce France

Priorité à notre Douce France, ce cher pays de notre enfance : où était Nicolas Sarkozy, ce jour-là ? À Lacour-de-Visa, dans le Tarn-et-Garonne, où il remplissait son devoir (c’est ça aussi, la conscience professionnelle) en rendant visite à une productrice de lait, Sophie Poux (oui, oui, ce n’est pas une blague). Cette dernière, qui attendait l'arrivée du chef de l’État depuis un an déjà avec ses amies les vaches, était parfaitement consciente de l'importance de cette visite (malheureusement trop peu médiatisée du fait de ces trouble-fête de nippons), puisqu’elle s’était engagée, pour sa venue à « repasser un coup de balai par ci par là »  (Dépêche du Midi) ; et à chasser Marguerite du salon ? C'est qu'elle est toujours aussi belle, la Marguerite, en tapis de vache...


Bon, Nicolas était séquestré à la campagne (présidentielle, verte, peu importe), mais ses petites mains (celles que l'on appelle « gouvernement » quand elles turbinent de conserve), que faisaient-elles pendant ce temps ? Certaines, en toute sobriété, ont commenté l'actualité : «C'est le scénario du pire» (Merci, Eric Besson), «Pas bon du tout» (félicitations, Nathalie Kosciusko-Morizet) ; tandis que d’autres faisaient des leurs...

Les Grands du G8

Le G8 en 2009 (Kadhafi à droite...)En tant que ministre des affaires étrangères, Juppé, lui, siégeait au G8. Ça tombait bien cette réunion des Grands de ce monde, non ? Ils allaient pouvoir s’activer, secourir le Japon. Ah mais non, malheureux ! Pourquoi faire? Pas de pétrole, pas pépettes. Pourquoi diable aider à endiguer les fuites radioactives d'une centrale nucléaire paumée au milieu du Pacifique ? C'est pas comme si elle s'apprêtait à exploser à notre porte non plus. Non, non, il était préférable de se concentrer sur l’avenir, le vrai : pas un avenir qui part en fumée, un avenir doré (en or blanc ou noir, c'était tout bon). En bon soldat (ceux qui en parlent le plus en font souvent le moins), Juppé n'a donc cessé de déplorer le temps perdu en Libye. Pour les compagnies  européennes, le pétrole libyen est plus que précieux, il fallait donc convaincre les copains d’aller faire la guéguerre à Kadhafi et envoyer l'armée se faire tailler en pièce en Libye et pas atomisée au Japon. Bon, ces derniers n'étaient sont pas chauds, au début ; normal, leur président n'était pas directement menacé par un épouvantail un peu trop bavard, l'un des fils de l'homme à abattre.
KadhafiMais en Libye, ça continuait à tailler sec et le cours du pétrole s'effondrait : les raids aériens se poursuivaient, le massacre continuait et Kadhafi se frottait les mains. Et il avait bien raison, c'était SON heure de gloire ! Son ego, enfin reconnu à sa juste valeur, passait avant l'agonie d’un peuple entier ! Le G8 s'est alors demandé ce qui importait vraiment, pour notre société, et la réponse a été unanime : le FRIC. Du jour au lendemain, la Libye est donc passée à la UNE de TOUS les journaux (et Kadhafi d'en piaffer de joie sous ses toques en poils de chameau). Exit le Japon ! «Suivez en direct la boucherie (oups, la guerre technologique) en Libye !», c'est beaucoup plus vendeur, vous l'admettrez, que «suivez en direct le champignon nucléaire».  

Les Très Très Grands du G20

Alain JuppéLe G20 aurait pu agir en conséquence (et vite !), mais Juppé (le même), avec toute sa finesse d'analyse, n'a rien trouvé de mieux à faire que déclarer devant ses pairs :
«à eux [NDLR : les japonais] de nous dire comment les aider [NDLR : c’est qu’en France, on a 3 neurones]. Le président de la République souhaite [NDLR : il a compris que les promesses, il fallait éviter. les vœux, c’est plus sûr] que le G20 en particulier, qui représente l'essentiel des grandes puissances économiques du monde, se mette au service, entre guillemets [NDLR : point trop n’en faut], du Japon». 
Et ce n'est pas tout ! Notre président pourrait organiser le mois prochain un point spécial « crise du Japon » pour tirer les conséquences de ce fâcheux incident : pourquoi l'île a coulé ? pourquoi la moitié du monde seulement a été contaminée ? pourquoi les baleines ont disparu ? etc. Enfin, François Baroin profitait du G20 pour souligner la concurrence «déloyale» dans la construction des centrales nucléaires, la France ayant perdu un contrat en 2009 au profit de la Corée du Sud pour équiper les Émirats arabes unis (qui ne sont, en soi, pas une pétaudière du tout). Dame, quelle injustice ! Les normes françaises, évidemment, sont beaucoup plus sécuritaires ; l’état de nos centrales, dans l’hexagone, est là pour le prouver. Enfin, c'était LE MOMENT IDEAL pour rappeler au monde entier que nous, français, le nucléaire, on aimerait bien en mettre partout !

Le tout petit G7

La bourse de Tokyo, en chute libre, pourrait-elle, à elle seule, réveiller l'intérêt mondial ? Il semblerait que non, même si le G7 a accordé son soutien au Japon en lui permettant   d'injecter des liquidités sur le marché des changes afin d'éviter une envolée du yen face au dollar.

Dans la case d'Oncle Sam

Barack Obama avec le drapeau de son paysAux États-Unis, on se devait d'être un minimum concerné, ne serait-ce que par la proximité géographique (à vol d’oiseau, le Japon n’est pas bien loin). Bingo ! De nombreux américains se sont rués comme un seul homme sur l'iodure de potassium pour lutter contre les risques de contamination radioactive.  
Et Barack ? Lundi 14 mars, au Club Gridiron, il s'appliquait à faire taire les rumeurs sur son origine. Car Barack est américain (faut pas déconner), et bien américain ; ben oui, puisqu'on vous le dit ! La preuve en musique, avec un tube de Bruce Springsteen : « Born in the USA ».




Au pays des Soviets

La Russie, experte en accidents nucléaires, est très très près du Japon ; Vladimir Poutine ne pouvait pas rester les bras croisés, les yeux dans les yeux d'une vache, par exemple. La Russie devait frapper un bon coup (et boum le Japon) ou apporter son aide, ce qu'elle a décidé de faire, somme toute. Après avoir proposé aux japonais de se réfugier sur ses terres arides (où il aurait fait bon crever la bouche ouverte, personne n'aurait été là pour aller vérifier), elle a commencé à acheminer du carburant supplémentaire (des fois que ça n'explose pas assez vite), de l’électricité (et paf zing couic), et à envoyer des équipes de sauvetage (dans les zones touchées par le séisme et le tsunami, par à Fukushima, faut pas être bête non plus).

All over the world

Près de 70 pays ont (déjà !) proposé leur aide au Japon ; parmi eux, 10 (wouaou, 10 ! (dont la Russie, hein)) ont d’ores et déjà envoyé des secours, et 17 autres (17 !!!) sont sur le départ ! Et la France ? La France s'apprête à envoyer des robots ! Mais oui, des robots ! Ça, c'est de l'expertise ! Les robots japonais peuvent bien s'occuper des p'tits vieux, n'empêche qu'ils ne savent pas régler les incidents nucléaires. Qu'on ne nous parle plus de fuite des cerveaux, on est quand même les plus forts ! Bon, le Japon a refusé notre proposition, qui de toute façon arrive trop tard, jugeant lesdits robots inadaptés à la situation, mais ça, c'est une autre affaire...
Un zeppelin en volEt si vous en doutez encore, levez un peu le nez de votre écran et scrutez le ciel parisien : un zeppelin se ballade sur les toits de la capitale depuis dimanche 13 mars (et ce, jusqu’au 20 mars) pour tester la radioactivité en région parisienne. Mais attention, ne nous faites pas dire ce que nous n'avons pas écrit : ce n’est qu’un hasard de calendrier (J+2 après le tsunami). N’allons pas affoler la populace pour des broutilles ! Même si la mission du dirigeable a débuté dans des conditions météorologiques qui auraient rebuté plus d’un engin volant ou rampant, il ne faut y voir aucune relation de cause à effet. 

Morale de l’histoire : cessons d’être alarmiste et de se dire qu'il serait presque normal si le pays qui s'est pris la première bombe atomique sur le coin de la gueule ne fasse exploser le monde à son tour.

Morale de l’histoire


Auteur : Cécile Duclos

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