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20 avril 2011

De l'art de réussir son coming out

De l'art de réussir son coming out

Parce que sortir dignement d'un placard, sans se prendre les pieds dans le tapis ni finir la joue en feu par un revers de porte malheureux, reste encore compliqué de nos jours, nous avons rassemblé pour vous quelques témoignages chocs.
En exclusivité pour My Bloody Monday, cinq rescapés du cagibi ont accepté de livrer leur précieux secret : « comment réussir son bloody coming out ».

Joan, 24 ans

Mes parents, c'est Woodstock...Mes parents, c'est Woodstock... Je sais très bien que c'est pas d'la moquette qu'ils fument sous l'escalier et qu'aux fêtes de charité de Bourg-la-Reine, ils distribuent des pâtisseries aux herbes. Ils organisent aussi quelques soirées peace and love entre amis : tondsMoiLaP'louseEtQ'ÇaSaute, jVaisTfaireTaFeteLaMarieJeanne, etc.
L'été dernier, je leur ai présenté ma copine : « Janis (ma mère n'a jamais voulu que je l'appelle maman ou Annie), Jim (mon père, c'est pareil, papa ou Frank, pour lui, c'est quelqu'un d'autre ; bon, pour papa, je peux comprendre, mais Frank ?...), voici Chloé, ma copine ». Ma mère a laissé éclater sa joie : « Wouaou ! Sacré Bob (Bob, c'est mon surnom), va ! Je l'ai toujours dit, moi ! Souviens-toi de Louise ! Tu sais, la rousse toute en chair de la caravane d'à-côté, celle que tu voulais téter à tout prix alors que tu avais quatre ans passés ! et Marthe ! Ton institutrice de CM1, la blonde plantureuse qui te punissait régulièrement parce que tu prenais un malin plaisir à soulever ses jupes ! Ah !... et Rose ! Ton entraîneuse de judo que tu suivais dans les vestiaires ! ... ». J'ai eu la honte de ma vie, mais finalement, ça s'est plutôt bien passé.

Pierre, 80 ans

Pierre & Gilles
Quand j'ai annoncé à mon fils aîné que je vivais avec Gilles depuis 30 ans, il s'est décomposé :
« Et maman, hein ? Tu en fais quoi, de maman? ».
Il était assis sur le canapé, je savais qu'il ne tomberait pas plus bas :
« Ben rien, mon chéri ; elle est lesbienne, maman. ».



Stéphanie, 40 ans

Rêve d'une nonneJe suis née dans une famille très pratiquante : les étés, je batifolais dans la forêt de Fontainebleau avec les louvettes ; l'hiver, je couchais au couvent pendant les vacances de février ; au printemps, je cavalais à la montagne avec les jeannettes... Bref, j'étais irréprochable. Quand ma mère m'a surprise, un jour, dans une position fort délicate avec sœur Marie-Thérèse (qui assurait le catéchisme à domicile), elle s'est écriée : « Mon Dieu ! » au moment où la gentille novice hurlait : « Oh oui ! Mon Dieu ! ».
Je n'ai plus jamais revu ma bonne religieuse, mais mes parents m'ont envoyée dans un ermitage du Sud de la France. Autant dire que deux ans plus tard, je prononçais mes vœux (et plutôt deux fois qu'une !). Je suis tellement heureuse là-bas ! Un vrai paradis ! Notre époux ne nous demande jamais rien (pour tout dire, personne ne l'a jamais vu) et j'ai toutes les nonnettes de son sérail pour moi toute seule ! Alléluia !

Paul, 31 ans

Mes parents vivent à Crévéchamps, dans un patelin paumé au milieu de nulle part.Mes parents vivent à Crévéchamps, dans un patelin paumé au milieu de nulle part. Ils tiennent le tabac du coin, font du bénévolat à la crèche communale et connaissent tous les p'tits vieux du quartier.
À Noël, je leur ai déballé mon sac : « Je suis gay. Et ce n'est pas tout : je ne fume pas, je ne suis pas joueur pour deux sous, je déteste la campagne et en plus, les vieux, ça m'fout les j'tons, c'est comme les gosses. Vous êtes vraiment sûrs que je suis votre fils ? »

Anne, 52 ans

Anne, 52 ansPour mon père comme pour ma mère, c'est simple, l'homosexualité, ça n'existait pas. À cette époque, il y a bien vingt ans déjà, mon père travaillait dans la marine (Dieu sait s'il aurait eu de quoi pêcher (et pécher), pourtant, s'il y avait mis un peu du sien !), et ma mère était couturière pour l'une des plus grandes firmes de textile françaises (autant dire qu'elle aurait pu enfiler autre chose que des perles, elle aussi !).
Bref, quoi qu'il en soit, c'est un 1er avril que j'ai fait mon coming out. Je m'en souviens comme si c'était hier : « Papa, maman, j'ai quelque chose d'important à vous dire : j'ai rencontré l'homme de ma vie. Bon, il n'est pas très catholique, puisqu'il est juif orthodoxe. Il n'est pas tout blanc non plus, sa mère n'ayant jamais quitté le Cameroun. Le pauvre chou souffre de nanisme et d'un léger... handicap. Mental, hein, ne vous inquiétez pas. Au niveau physique, c'est très léger ; seul, il mange tout à fait proprement. Il n'est pas très beau, ni très riche, ni très intelligent non plus, mais c'est bien vous, n'est-ce pas, qui m'avez suppliée d'arrêter de croire au Prince Charmant ? Moi, j'ai toujours suivi vos conseils à la lettre. Bon, c'était aussi, accessoirement, mon patron mais rassurez-vous, ce n'est plus le cas aujourd'hui ; il m'a viré pour faute lourde quand sa femme a  pondu son cinquième marmot. Mais tout ça m'est bien égal vu que moi aussi, je suis enceinte. L'essentiel, c'est que je garde notre bébé, non ? Et que je revienne vivre à la maison avec Tompouce (Tompouce, c'est le p'tit nom d'mon lardon quand je bois un verre de trop ; ça m'rappelle son père, quand il me filait des coups en rentrant du bar) ? » Ma mère s'est évanouie, mon père a fait un arrêt cardiaque (pas longtemps, hein, quelques secondes). Quand je leur ai dit : « Mais non, je suis lesbienne ! C'était un poisson d'avril ! », ils ont béni le ciel d'avoir une brave fille comme moi !

Auteur : Cécile Duclos

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