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13 avril 2011

Lettre à Élise (mon ex)

Lettre à Élise (Beethoven)Ponquin les Vialles, le 10 avril 2011

Ma chère Élise,

Je t’écris ces quelques lignes pour te demander de revenir auprès de moi, au moins pour quelques jours. Samantha m’a quitté la semaine dernière et je ne verrai Sylvia que la semaine prochaine. Donc, comme tu peux le constater, j’ai un creux d’une semaine : profites-en, petite veinarde !

ces immenses foires aux saucissons!Je sais, tu as fini par me quitter soi-disant à cause de mes infidélités. Mais nous nous sommes expliqués sur ce sujet maintes et maintes fois : Lucy, Nadia, Aurélie, Pascale, Claudia et les autres (dont j’ai même oublié le prénom, pour te dire) n’ont été pour moi que des aventures. La preuve, je ne me suis jamais remarié ; une fois m’a suffi ! Je sais bien (et toi aussi) que tu as un physique ingrat, un caractère exécrable et une intelligence médiocre, mais rappelle-toi tous ces bons moments passés ensemble ! Nous ne sommes restés mariés que dix mois, certes, mais avec toi les jours comptaient double. Comment s’ennuyer dans ce petit patelin où nous habitions, avec ces interminables visites aux comices agricoles, ces passionnants concours de vaches, ces immenses foires aux saucissons et ces délicieuses merguez frites sur les brocantes !

Quand l’aspirateur est tombé en panne (tu le passais trop souvent), qui t’a offert un magnifique balai ?Souviens-toi de tous les services que je t’ai rendus et qui auraient dû te prouver l’affection que j’éprouvais pour toi. Quand l’aspirateur est tombé en panne (tu le passais trop souvent), qui t’a offert un magnifique balai ? Lorsque le lave-vaisselle n’a plus fonctionné (tu t’en servais très mal, avoue-le), qui t’a immédiatement acheté une paire de gants (alors qu’un seul gant aurait parfaitement fait l’affaire) ? Et le lave-linge, mort lui aussi (à cause de toi, il faut bien le dire car je ne m’en suis jamais servi), qui donc est parti te chercher une grande cuvette ?

Souviens-toi de ces longues soirées romantiques aux chandellesSouviens-toi de ces longues soirées romantiques aux chandelles, quelles belles économies d’électricité ! Et nos duvets empilés sur le lit, tout ce chauffage que nous n’avons pas consommé ! Rappelle-toi ces interminables promenades pour aller faire les courses au supermarché, autant de carburant en moins ! Il me semble que tu as vite oublié tout ça. En attendant, je vais rester seul une semaine entière si tu ne reviens pas et tu sais combien je déteste la solitude. Tu m’as reproché d’être routinier, voire casanier. Mais nous faisions l’amour tous les mardis soir à 22h 30, tous les vendredis soir à 23h et tous les dimanches matin à 9h 15. Ce n’est pas de la routine, ça, c’est de l’organisation, Élise. Il fallait bien que je planifie tous mes autres rendez-vous. Tu n’étais certes pas la seule, ni ma favorite, mais tu avais la chance de bénéficier de jours et d’heures fixes.

Puis pour la vaisselle. Si elle avait pu t’aider, elle l’aurait fait!Et les repas du dimanche, à midi pile, chez mes parents (que tu critiquais tout le temps sous prétexte qu’ils t’ignoraient ou se moquaient de toi) ? Tu aimais bien tous ces bons petits plats ! Bon, d’accord, tu aidais ma mère à la cuisine, mais ce n’est quand même pas de sa faute si elle est invalide. Elle t’indiquait ce qu’il y avait à faire et comment t’y prendre. Pareil pour le service et la desserte. Puis pour la vaisselle. Si elle avait pu t’aider, elle l’aurait fait, mais c’était l’heure des jeux-télé, tu le sais bien.

Reviens vite ma chère (très chère quand je repense à tes emplettes) Élise. Il y a un monticule de linge sale qui t’attend, et je sais que tu aimes la propreté. Combien de fois m’as-tu reproché d’être crade ? Alors que je prenais une douche par semaine, le dimanche à 11h, sauf, bien sûr, quand le dimanche tombait un autre jour.  Élise, la vaisselle déborde de l’évier et réclame tous tes soins. La poussière et les détritus encombrent toutes les pièces, même la chambre (figure-toi que Laetitia et Sophie ne veulent plus y coucher). Je ne te parle même pas de nos quatre chats et de nos trois chiens : les malheureux font peine à voir tellement ils sont amaigris. Je leur ai pourtant donné quelques pièces pour faire leurs courses, mais c’est toi qu’ils veulent.

Élise, ma bien-aimée, il faut oublier, tout peut s’oublier, le temps des malentendus et le temps perdu. Te rappelles-tu cette magnifique chanson de Fabien (Gérard ? Jean ? Pascal ?) Brel ? Moi aussi je t’offrirai des perles venues de pays où elles sont bon marché. Moi aussi, comme Joseph (Jerry ?) Brel, je creuserai la terre jusqu’après ta mort pour couvrir ton corps d’or (enfin de plaqué-or) et de lumière (il reste des chandelles à la maison).


Reviens, Élise, et ne me quitte pas pendant une semaine. Oublie ton physique peu avenant, je fermerai mes yeux. Oublie le mal que j’ai pu te faire, moi, je l’ai bien oublié et vite. Pense surtout à moi, j’ai besoin de ta présence, tu es mon SAMU. À propos d’hôpital, as-tu pensé à te faire refaire le nez ? Et les seins ? Et le menton ? As-tu perdu du poids depuis que tu as cassé notre unique balance ? Quand tu reviendras, pense à en ramener une neuve car je n’en ai plus pour peser notre labrador dont l’aspect squelettique m’inquiète. Amène aussi des croquettes pour nos bêtes. Et des victuailles pour le frigo, il est vide et je suis contraint d’aller au restaurant tous les jours.

Ton Ludwig

Prends des espèces avec toiPS : Prends des espèces avec toi (ou un chèque en blanc) car je n’ai plus guère d’argent. Mes conquêtes sont de plus en plus gourmandes et depuis ton départ, je ne peux plus me servir de ta carte bleue. Tu aurais quand même pu me laisser procuration sur ton compte, mais ton avarice a pris le dessus sur l’amour profond que tu me portes.


Auteur : Marc Duclos

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