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14 avril 2011

Poisson d'avril

Poisson d'avrilCette année, la concierge (vous êtes persuadée que c’est elle, la garce, qui a fait le coup) a confectionné une morue en tissu pour vous « c’est bête, c’est méchant et c'est pour la vie » et votre collègue de bureau (celui qui passe son temps le nez fourré dans le décolleté de la stagiaire), un thon en papier « je suis moche, je suis grosse mais je suis en voie de disparition ». Cependant, découper des baleines ou des maquereaux en carton dans l’unique but de vous venger, ça ne vous botte pas des masses ; en plus, vous n'avez jamais aimé les poissons d'avril (ni la poiscaille, d’ailleurs). 

Voici donc un mini-guide de survie en milieu hostile, listant les principaux nuisibles que vous serez amenée à croiser dans les années à venir, avec, pour chacun d'eux, une façon élégante de leur rabattre le caquet. Finies les cochonneries sur le paletot, non mais !

Les enfants (pas les vôtres, ceux d’à-côté)


c'est qui le Monsieur à grosses moustaches qui vient d'entrer dans la chambre de ta jolie maman ?Avec les lardons des autres, pas la peine de prendre des pincettes ; ils n’en prennent pas avec vous et à cet âge-là, ça ne comprend pas bien toutes les nuances. Aussi, allez-y franchement : « Dis donc, mon p'tit gars, c'est qui le Monsieur à grosses moustaches qui vient d'entrer dans la chambre de ta jolie maman ? ». Évidement, c'est complètement faux, mais le 1er avril c’est ça aussi : mentir pour le plaisir. 

Vos propres enfants


Avec vos p’tiots, c’est un peu plus compliqué. Ils sont toujours fourrés dans vos pattes et ne manquent pas de ressources (c’est qu’ils sont malins, eux). Il vous faudrait donc faire preuve d’une duplicité sans borne pour en venir à bout... à moins d'investir dans un lot de poissons piégés (les farces et attrapes, les gosses adorent !) qui collent aux doigts pas au dos, giclent quand on les presse, tâchent quand on les touche, etc., etc. Un p'tit cadeau, ça fait toujours plaisir et quand en plus, ça débarrasse à moindre coût, c’est la solution idéale.

Votre mari et vos amants


Dès le réveil, coupez court à toute velléité de plaisanterie, gentillesse, réconciliation, câlineries, et autres futilités : « Ma mère vient de m'appeler, elle arrive ce week-end ! ».

Vos parents


l’éternel poisson-volantLes joyeux lurons ne s'arrêtent jamais, mais vous les connaissez ! Ils ne sont pas bien finauds, tous les deux, mais ce n’est pas de leur faute. 50 ans de vie commune, ça bêtifie, c'est connu. Alors parlez-leur de vous, si vous ne voulez pas retrouver dans vos cheveux, comme chaque année, l’éternel poisson-volant : « Je n’ai d’un ange que les ailes, je suis ingrate comme un coucou ». Vous verrez, ça peut rapidement devenir très drôle : « au fait, Frédérique, c'est une femme, pas un homme », ou encore : « Je suis enceinte !… Mais non ! C’est une blague ! ».

Votre patron


J’ai les dents qui raient le parquet, mais je ne fait bien que le caféSi vous soupçonnez votre boss, malgré son apparence psychorigide (gilet en laine, pantalon taille haute, chaussures cirées…), d’être un adepte compulsif de la blague débile, le 1er avril, méfiez-vous. Il pourrait parfaitement vous flanquer une bonne tape sur l’épaule (le dos, les reins, les fesses… enfin, tout dépend de vos relations extra comme intra professionnelles) pour y coller un requin post-it : «J’ai les dents qui raient le parquet, mais je ne fait bien que le café». Si vous tenez à votre poste (nous, on ne sait pas bien pourquoi, mais l’essentiel c’est que vous, vous le sachiez), quand il viendra vous serrer la pince à la pause café, dites simplement : « Figurez-vous que je viens de découvrir une touffe de cheveux dans mon café. Quelle horreur ! ». Si vous n'en avez cure (vous faire virer, ça vous est bien égal), ajoutez : « Oups, désolée… cette… touffe… de… euh… cheveux appartient à votre femme (s’il a une fille ou un fils (quel que soit son âge) et que sa femme est un vrai laideron, ça marchera mieux avec sa progéniture)…». 

Votre bande de potes


Alors eux, ce sont les pires : « ouaf ouaf ouaf » par-ci, « hi hi hi » par-là, quand ce n'est pas « ah ah ah » ou « eh eh eh ». Bref, ici encore, pas de demi-mesure : foncez dans le lard de la meute sans distinction (hormis ceux et celles que vous ne croiserez pas ce jour-là ; il y a toujours un facteur « risque », tout le monde n'a pas le même humour que vous) : « Dis, Nico, tu savais que Nat trompait Didier, toi ? »; « Tu as vu que Zézette avait un polichinelle dans le tiroir? (Zézette a certainement pris un peu de bide, après l'hiver, c'est sûr) »; etc.

Votre belle-fille et votre belle-mère


la cadette vous a scotché un blobfish sur le râblePoisson loupCes deux-là ne méritent AUCUNE pitié. N'oubliez pas que l'année dernière, la cadette vous a scotché un blobfish sur le râble : «Quand on a un œil qui dit merde à l'autre, rien ne nous retient plus sur terre», et l'aînée, un poisson ballon sur le fessier : «Quand on est c... comme un ballon, on ferme sa grande g...». Il s'agit donc d'y aller franchement. Un poisson loup pour la fille : «Si une fille aime rarement l'amant de sa mère, une mère a toujours un faible pour l'amant de sa fille.»  (c'est Balzac qui l'a dit, hein, c'est pas vous) ou plus simplement : «Telle mère telle fille» (un classique indémodable qui fait mouche à tous les coups, allez savoir pourquoi...); et un poisson vipère pour la mère : « À vieille mule frein doré ».


Vous pourrez vous siffler un bon bol de laitConclusion : Socrate, votre chat, est en fin de compte le seul être vivant qui ne vous veut pas de mal en ce jour maudit d’Avril. Ce qui constitue une raison suffisante (et non nécessaire) pour lui pourrir la vie un bon coup (c’est pas comme s’il ne vous baffait pas tous les matins à 6 heures du mat) : appliquez donc sur son pelage lustré quelques poissons autocollants, vous verrez, ça l’occupera deux bonnes heures au moins (ôter le poisson, lécher la colle, faire une toilette intégrale, boire un demi bol d'eau...) pendant lesquelles vous aurez une paix royale. Vous pourrez vous siffler un bon bol de lait en tapant dans ses croquettes devant la téloche, faire les poussières avec sa queue pendant qu'il se décolle les oreilles et même jouer au bac à sable dans sa litière.

Auteur : Cécile Duclos

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