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11 mai 2011

Être voisins comme chien et chat

Bernard, l'ours mal léché de La Grivellière Marthe, la vieille bique du coin

Quand Bernard, l'ours mal léché de La Grivellière (un charmant patelin d’Indre-et-Loire où il fait bon lézarder au soleil), croise Marthe, la vieille bique du coin, devant la boucherie, voici, en substance, ce qu'il en ressort :

Bernard
- Il ne battrait pas de l'aile, votre toit, ma bonne dame?
Marthe
(Pas de réponse de ladite dame)
Bernard, à la vieille chouette
- Serait-elle muette comme une carpe, ma foi ? À moins qu'elle ne fasse la politique de l'autruche...
Marthe
- Il se porte très bien mon toit, eh ! Z'auriez pas une araignée au plafond, vous ?
Bernard
- V'là-t'y pas qu'elle monte sur ses grands chevaux ?
Marthe
- Oh, hé, c'est vous qui êtes à cheval sur les principes, hein ! Avec ce temps de chien, vous y voyez quelque chose, vous ? Ben vous avez de la chance ! Et pis, z'avez pas d'autres chats à fouetter, que de fourrer votre nez de fouine chez les voisins ?
Bernard
- Bête comme une oie... Triple buse, il est tout tordu votre toit !
Marthe
- Arg, je vais devenir chèvre, je vous préviens, si vous continuez à me prendre le chou avec mon toit ! Occupez-vous de votre femme, té ! Elle est bien tordue elle aussi, hé, c'est kif-kif bourricot !
Bernard
- Et hop, elle vous saute du coq à l’âne, la vieille mule ! Vous savez ce qu'elle vous dit, ma femme, té ?
Marthe
- Que vous êtes le dindon de la farce !
Bernard
- La bave du crapaud n'atteint pas la blanche colombe que je suis.
Bernard
- Un pigeon, oui ! Moi j'dis ça, j'dis rien, mais quand une dinde ramène sa fraise à onze heures du soir, bé, y a baleine sous gravillon.
(Bernard et Marthe se regardent en chiens de faïence quelques secondes).
Bernard
- Z'auriez intérêt à détaler comme un lièvre avec toutes les âneries que vous venez de débiter ! (gronda Bernard, un chat dans la gorge)
Marthe
- Vois pas pourquoi ! Faut bien prendre le taureau par les cornes (hi hi hi). Moi je disais juste que quand le chat n’est pas là, les souris dansent. C'est tout ! Pis c'est quand même vous qui m'avez cherché des poux avec mon toit, hé.
Bernard
- Les chiens ne font pas des chats, c'est bien vrai… Votre mère, Berthe, était elle aussi mauvaise comme une teigne; et langue de vipère, par-dessus le marché.
Marthe
- N'empêche que les anguilles sous roches, y en a pas dans la famille.
Bernard
- C'est sûr, ça ne fait pas bon ménage avec les grenouilles de bénitier !
Marthe
- Z'essayez de noyer le poisson avec vos yeux de merlan frit. Mais y a pas de quoi être fier comme un coq quand sa morue est connue comme le loup blanc ! C'est le vilain petit canard du village, je vous aurais prévenu, alors ne venez pas verser vos larmes de crocodile sous mon toit branlant quand elle vous aura quitté !
Bernard
- Vous savez ce qu'on dit ? Un éléphant, ça trompe énormément. Alors ne mettez pas la charrue avant les bœufs. Ce n'est pas parce que vous êtes toutes aussi racornies et aigries les unes que les autres dans ce trou paumé que ma blonde doit devenir le bouc émissaire. Rien que d'y penser, tiens, ça m'fout le cafard ! Toutes ces vioques à l’œil de lynx qui s'entendent comme cochonnes et qui ont toutes une chauve-souris dans le beffroi ! Un vrai panier de crabes ! Z'êtes toutes très fortes, té, pour vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué !
Marthe
- Puisque j’vous dis que le loup, il est déjà dans la bergerie ! Non mais il est bête à manger du foin, le vieux bouc ? Feriez mieux d'arrêter de regarder les mouches voler, té !
Bernard
- Minute, papillon ! Cessez de jacasser comme une pie, et dites-moi voire, un peu, ce qui vous a mis la puce à l'oreille, puisque que vous semblez tellement certaine que c'est du lard, et pas du cochon.
Marthe
- Té, un peu que je vais tout vous dire ! Le facteur, il est gai comme un pinson depuis une semaine. Quand vous ne veillez pas au grain, il se pavane sous vos fenêtres, chante comme un rossignol et fait la roue comme un paon. Quand vous êtes à la maison, il tourne au bistrot comme un lion en cage. Quand il fait ses courses, c'est un véritable éléphant dans un magasin de porcelaine tant il est tête de linotte. Quel drôle de zèbre vous faites quand même, pour ne rien voir !
Bernard
- Chat échaudé craint l’eau froide ! C’est pas la première fois qu'on balance des méchancetés sur ma femme, té ! Elle est trop belle pour un village de mémés, c'est tout ! Faute de grives, on mange des merles, hein ? Je vous vois bien, toutes autant que vous êtes, veuves avec un pied dans la tombe, à bayer aux corneilles derrière vos rideaux, le soir, entre chien et loup, quand vous ne vous levez pas comme les poules pour guetter le facteur. À force de vous ennuyer comme des rats morts, vous n’êtes plus que qu’un tas de peaux de vache ! Il vous fallait un os à ronger, hein ? Bien sûr, c'est tombé sur ma femme ! Mais ma femme, elle me donnera des cornes quand les poules auront des dents ! C'est pas à un vieux singe qu'on apprend à faire des grimaces, vous savez.
Marthe
- C’est t'y pas qu'il prend la mouche, le bougre ? Poule mouillée, té ! Z'êtes fier comme un pou, mais c'est pas en faisant le singe pour épater la galerie avec votre garage que vous allez la dompter, la Thérèse, té ! Ni en criant comme un putois
Bernard
- Toutes moches comme des poux et myopes comme des taupes ! Que voulez-vous, Seigneur ? (Bernard lève les yeux au ciel) Quand une robe de princesse leur va comme un tablier à une vache, y a plus rien à en tirer...
Marthe
- Et il se vexe comme un vieux rat !
Bernard
- Et elle parle français comme une vache espagnole ! Allez, zou, c’est l’heure de l’office, faudrait pas rater ça ! S’entasser comme des sardines dans une église moisie ! Aux moutons de Panurge, c'est facile de leur tirer les vers du nez, non ? Le cureton tuera peut-être le ver dans la pomme, faut pas désespérer.
Marthe
- Moi qui voulais ménager la chèvre et le chou... Quelle mouche vous a piqué ? Z'avez graillé de la vache enragée ? Z'avez chopé une fièvre de cheval ?
Bernard
- On ne vous a jamais dit de ne pas courir deux lièvres à la fois ? Non ? Alors je vous le dis : c'était votre toit ou ma femme. Votre histoire ne casse pas trois pattes à un canard. La nuit, tous les chats sont gris ; comment savoir si c'est ma femme ou celle du pasteur qui fait se pavoiser cette feignasse de facteur comme une fourmi ? Allez, je m'en vais me rentrer, des fois que je pose un lapin à ma  femme et que ça fasse la une de la gazette locale !
Marthe
- Y’a pas de lézard, il fait un vent à décorner les bœufs (et les cocus, hi hi hi) de toute façon. Faites bien de rentrer avant qu'il pleuve comme vache qui pisse. Moi, je m'en vais dormir comme un loir après avoir assouvi ma faim de loup avec un bon potage aux légumes.
Bernard
- C'est ça, les rats quittent le navire. Vous en faites une tonne pour accoucher d’une souris et zou, vous reprenez du poil de la bête pour aller picorer comme un moineau trois navets dans un bouillon. Allons, vous avez raison, chacun chez soi ! Les vaches seront bien gardées !

Auteur : Cécile Duclos

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