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5 mai 2011

Le saut de l’ange

La tentation du vide


Le saut de l’angeMon plus cher désir est d’être parachutiste. Désirant m’y préparer sérieusement avant de passer le brevet, j'ai choisi La Rhune, en pays basque. Ce sommet, à 905 mètres d’altitude, constitue un excellent terrain d’entraînement. Au col de Saint-Ignace, je prends le petit train à crémaillère. Surpris, je constate que je ne suis pas seul. À priori, une centaine de personnes m’emboîtent le pas et montent dans les wagons. J’ignorais que le parachutisme intéressait autant de monde, y compris les bébés et les vieillards… Bof, on verra bien !


En chemin, nous croisons quelques pottoksLa montée s’effectue au rythme des secousses et des cris perçants des enfants à la vue des précipices que nous côtoyons. J’ajoute mes cris aux leurs car je suis sujet au vertige. En une demi-heure, le trajet est bouclé. Nous descendons tous et nous nous précipitons vers le promontoire que domine l’immense antenne-relais. En chemin, nous croisons quelques pottoks, ces petits chevaux trapus à longs poils qui paissent en toute liberté. La plupart des gens s’arrêtent pour les caresser, alors qu’ils sont en principe venus, comme moi, pour faire le grand saut.

Deux aigles nous survolent et je les envieDeux aigles nous survolent et je les envie. Bientôt je volerai moi aussi, je serai leur égal. Sur l’esplanade, je fais un tour complet pour bien m’imprégner du magnifique panorama. Je contemple l’océan, Saint-Jean-de-Luz, Biarritz… Et les sommets environnants, qui attisent mon désir fou de sauter. J’avise le parapet et je choisis l’endroit qui me paraît le plus propice à ma grande passion. Curieux ! Les gens autour de moi ne semblent pas pressés de vouloir sauter. Alors pourquoi sont-ils venus ?

Je m’extirpe non sans difficulté de mon sac à dosJe m’extirpe non sans difficulté de mon sac à dos, qui doit peser au moins une tonne tant il est lourd et encombrant. Puis je me déshabille pour enfiler ma combinaison flambant neuve de parachutiste (presque) chevronné. Un cercle de badauds commence à se former autour de moi. Je pense qu’ils veulent prendre des leçons et je me promets de leur en donner pour leur argent. Malheureusement, cette quête improvisée ne me rapporte pas un sou, mis à part un caillou déposé par un enfant déluré. Tant pis !

personne n’applaudit mais plusieurs vrillent leur doigt sur la tempeJe boucle ma ceinture de sécurité et j'accroche mon airbag. La foule se fait plus compacte. Pour le moment, personne n’applaudit mais plusieurs vrillent leur doigt sur la tempe. Sûrement pour me signaler discrètement que j’ai oublié de mettre mon casque. Je le visse donc solidement sur ma tête. À présent, je dois rester concentré car il est temps de m'harnacher. D’abord le parachute ventral (54 m2 tout de même) puis le dorsal (74 m2). Pour me permettre de les déplier, puis de les replier, les spectateurs reculent en bougonnant. Avant de les crocheter, je vérifie leur bon fonctionnement. OK, pas de problème !

La RhuneIl va falloir y aller, je ne peux plus reculer ni prendre de retard. D’autant que la foule s’impatiente et commence à piaffer. Je grimpe sur le parapet. Face au précipice, le vertige me saisit. Courage, mon gars ! Pour pallier mes nausées et calmer ma peur, je décide de tourner le dos au vide.
1, 2, 3… Prêt pour le grand saut.
4, 5, 6… Je vais sauter.
7, 8, 9… Je saute en fermant les yeux…
Et je me retrouve un mètre plus bas sur l’esplanade. Un roulé-boulé avant et je me redresse fièrement. Personne n'applaudit ; la jalousie, c'est vraiment moche. Mais je suis ain et sauf. J’ai réussi mon pari fou ! Je vais pouvoir enfin m’inscrire au brevet de parachutisme tant convoité !

Auteur : Marc Duclos

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