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16 mai 2011

Le shark management

Le shark managementUne nouvelle méthode de management révolutionne depuis quelques mois le petit monde de l'entreprise  : le shark management. Son principe ? Rassembler les employés dans un bocal (grand bureau vitré, open space, entrepôt, garage, etc.) suffisamment vaste pour permettre au manager (le requin), de s'épanouir dans un écosystème à sa mesure en multipliant les intrusions dans son fief par, idéalement, deux ou trois points stratégiques (ce chiffre peut varier en fonction du nombre d'autochtones et du volume de l'aquarium).

 Épier d'un œil féroce les grappes de friture rebellesCette méthode, plébiscitée dans le monde entier, fait fureur depuis l'essor des open space et plus récemment, des cloisons mobiles. Car bien sûr mais comment... n'y a-t-on pas songé plus tôt ? Accorder sa confiance à une bande d'autochtones laissés pour compte dans un open space sans surveillance, quelle aberration ! Dans un tel schéma, il manquait, de toute évidence, un bon gros squale (ou plusieurs) pour tournoyer en tous sens, s'agiter et faire des moulinets (c'est moins cher que la clim et tout aussi efficace). Sa mission majeure ? Épier d'un œil féroce les grappes de friture rebelles, tout en engageant les gentils alevins à lui lécher l'échine. N'oublions pas, en effet, qu'un requin digne de ce nom se doit d'entretenir un nuage de menu fretin (les poissons nettoyeurs) pour lui dégraisser la croupe.

Soulignons que les premiers résultats de cette gestion moderne du personnel sont tout à fait exceptionnels : démissions en veux-tu en voilà (plus de licenciements et autres ruptures conventionnelles à la mords-moi-le-nœud), guérillas internes musclées (diviser pour mieux régner !), chute radicale des arrêts maladies arbitraires (un nez cassé ou une bonne tentative de suicide valent toujours mieux qu'un petit coup de déprime), etc.

Le shark manager


Le shark managerLe shark manager n'a pas besoin d'être plus gros ou plus grand que les autochtones qui constituent sa réserve naturelle de poiscaille. Ainsi, les petits candidats, pour peu qu'ils allient nervosité et irascibilité, font souvent d'excellents prédateurs. Pour imposer sa loi, le shark manager doit maîtriser l'art de la mâchoire protéiforme, art délicat qui permet d'user correctement, et au moment adéquat, de tous les avantages qu'offre une dentition, aussi moche et pourrie soit-elle. Aussi râle-t-il souvent et postillonne-t-il à tout va, quand il ne souffle pas comme un bœuf en jouant des badigoinces. Intrépide, le shark manager porte dignement le lourd fardeau de ses responsabilités (partant, de sa supériorité) et ce, de façon ostensible : aussi évolue-t-il les épaules voûtées tout en battant des records de vitesse, claque-t-il des semelles dès que l'occasion se présente (c'est l'occasion, dit-on, qui fait le larron), et hurle-t-il au téléphone avant de raccrocher énergiquement (c'est-à-dire au nez de son interlocuteur, surtout si hiérarchiquement parlant, cela ne porte pas à conséquence ; déclarer la guerre à un autre requin n'est pas une preuve d'intelligence, même si les requins ne sont pas connus pour être spécialement futés (ce qui explique que lorsque l'on en éventre un, on trouve aussi bien des boîtes de conserve que du rouget ou de la rascasse)). 

Enfin, le shark manager est partout et nulle part à la fois : c'est sa spécialité, son point fort et son sport favori. Aussi est-il de toutes les réunions (même s'il quitte ces dernières aussi inopinément qu'il y débarque, le plus souvent, sans y être convié d'ailleurs), de toutes les pauses cafés, derrière le dos de chaque membre de son équipe, en copie de tous les mails (à l'inverse des sardines, qui ne sont jamais au courant de rien),  tellement over-booké (mais jamais débordé) et over-actif qu'il est le maître absolu des abréviations, et signe PD (ah oui, il s'appelle Pascal Dupuis !), précédé de C (Cordialement, pas con, hein).

La shark attitude


pourquoi faire des efforts esthétiques pour un banc de thons et de morues ?Devenir shark manager n'est pas à la portée de tous ; bien souvent, il y a plus de poissons en haute mer que de requins; sinon, ces derniers crèveraient tous de faim. Pour commencer, investissez dans une bonne paire de chaussures que vous prendrez soin d'équiper de talonnettes métalliques afin de faire un maximum de bruit dans les couloirs, la cour, sur le carrelage, le parquet, etc. Si vous parvenez ainsi à réduire de moitié ce fléau de l'entreprise qu'est la sieste post digestive, vous avez fait un bon achat (sinon, réinvestissez). Endossez ensuite un vieux costume élimé ou rapiécé, même trop grand ou trop étroit, au contraire (un requin féroce se bat régulièrement, c'est un dur de dur). Bannissez la cravate, une chemise (même non repassée) suffit; pourquoi faire des efforts esthétiques pour un banc de thons et de morues ? Si vous fumez, parfait ! Si ce n'est pas le cas, mettez-y un peu du vôtre. Petite remarque : le cigare est beaucoup mieux, en la matière, que la cigarette. Armé d'une bonne galuche, dès qu'un grondin glande hors de l'aquarium, pof, vous l'enfumez. Vous verrez, il rentrera vite au bercail. Enfin, pour vous entraînez avant le grand plongeon en eaux troubles, n’hésitez pas à pratiquer au sein de votre foyer. Gérez votre femme et vos gosses comme de vulgaires pageots. Si vous y arrivez, chapeau, vous serez un parfait un shark manager ! Si vous échouez, pas de panique, c'est normal. Vous devrez juste faire quelques efforts, en entreprise, pour égaler les requins pure souche (souvent de la race « marteau », d'ailleurs).

Conclusion : notons enfin que par nature, les requins ont les dents qui rayent le parquet. Il est absolument indispensable de perpétuer cette tradition ancestrale. Aussi, dès qu'un requin plus bouboule que vous se fera bouloter par un chalutier ou une baleine mal embouchée, infiltrez-vous sur son territoire et nourrissez-vous sans limite de sa réserve perso de roussettes : vous verrez, ce n'est jamais aussi bon que lorsque ce n'est pas (encore) tout à fait à soit !

Auteur : Cécile Duclos

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