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2 mai 2011

On ne grimpe pas les échelons en ascenseur

On ne grimpe pas les échelons en ascenseurLundi matin, 9 heures... Aïe, aïe, aïe, je vais encore être en retard au boulot ! Une douche rapide, un p'tit déj' debout, et hop, je file à la station de métro. À La Défense, je cours jusqu’à l’immeuble où se trouvent les bureaux. J'entre en trombe dans le hall, la journée commence mal : je croise mon chef de service, qui regarde ostensiblement sa montre et me lance, le regard en couteau : « Encore en retard ! Une grève de métro ? Une panne de réveil ? Ah ! Je sais ! Ta tante est décédée. Après tout, ça ne fera que la cinquième fois cette année. ». Je ne réponds pas et, tête basse, je me rue vers l’ascenseur. Quelques collègues attendent leur tour, dont Nicole, la secrétaire de direction. Une fille super physiquement, mais bégueule au possible. L’ascenseur arrive et nous nous y engouffrons. Par hasard, Nicole se retrouve à mes côtés.

1er étage : l’ascenseur s’arrête et un flot humain se précipite à l’intérieur. Compressé de toutes parts, je me tourne à 90° degrés. Involontairement, Nicole fait de même. Nous nous retrouvons collés l’un contre l’autre ; nos lèvres se touchent presque.

2ème étage : nouvel arrêt. Le directeur marketing réussit à se frayer un passage. Bouche bée, il nous dévisage. Nicole et moi, nous sommes toujours scotchés dans la même position. Nerveusement, il extirpe un calepin de sa poche et griffonne quelques notes. Nicole, gênée, parvient à se retourner. Je me retrouve agrippé à ses reins ; mes lèvres frôlent sa nuque.

3ème étage : le directeur marketing sort, l’œil furibond. Cette fois, c’est le chef du service comptabilité qui entre dans l’ascenseur. Égrillard, il nous regarde, analyse notre posture et je sens bien qu’il me jalouse. Un peu honteux, je réussis à pivoter. Cette fois, Nicole et moi nous nous retrouvons fesses contre fesses et poursuivons ainsi notre ascension.

Un café au bureau4ème étage : je me sépare de Nicole, sors de l’ascenseur et fonce vers mon bureau. Après avoir allumé l’ordinateur, je surfe un peu sur Internet et, les yeux fermés, je laisse mes doigts pianoter à vive allure. Il faut bien donner l’impression que je travaille et bien sûr, que je rattrape le temps perdu. Une petite demi-sieste plus tard, j’entrouvre les paupières. Il est évident que j'ai besoin d’un petit remontant pour me réveiller complètement. La machine à café est au 5ème étage.

La machine à café est au 5ème étage.Je grimpe les escaliers (un peu de sport, ça permet de lutter contre l’ennui) quatre à quatre (enfin, deux à deux). Je me sers un premier café, puis un second que je savourerai tranquillement dans mon bureau. Gobelet en main, je me dirige vers l’ascenseur. J’attends patiemment son arrivée. Le voilà ! La porte s’ouvre et je rentre. À l’intérieur, il y a déjà le PDG et le directeur financier. Je les salue poliment. Ils m’ignorent courtoisement. L’ascenseur se met subitement en branle, le contenu de mon gobelet fuse et gicle sur le pantalon du PDG, pile-poil sur l’entrejambe... Ne sachant que faire, honteux de ma maladresse, je prends mon mouchoir et me précipite sur lui pour essuyer sa braguette. Une paire de gifles me rejette en arrière. Sonné, je l'entends m’insulter, me traiter d’obsédé et me prévenir qu’il va porter plainte contre moi pour attouchements sexuels, agression de personnel dirigeant, détérioration de cadre supérieur et abus de café. Sans compter qu'il va me faire virer, et plus vite que ça.

je fonce vers mon bureauOn arrive au rez-de-chaussée (je n’ai pas osé demander l'arrêt à mon étage). Le PDG sort le plus dignement possible, les mains croisées sur sa braguette et la tête haute. Le directeur financier le suit en tenant le gobelet, l'objet du délit. En attendant la sanction, je n’ai plus qu’à rejoindre mon bureau. Tristement, je pénètre dans l’ascenseur. Je suis seul, aucun incident à craindre. J’appuie sur le bouton du 4ème étage. La porte se referme, l’ascenseur entame sa montée… et stoppe brutalement entre 2 étages. Agacé, je commence par tambouriner sur la porte. Peine perdue. Je presse alors le bouton de secours. Une voix métallique s'élève :
-  Pourquoi appelez-vous ?
- Je suis coincé dans l’ascenseur.
- Je n’ai pas bien compris votre réponse. Pourquoi appelez-vous ?
- L’ascenseur est en panne, je suis à l’intérieur et je voudrais bien sortir.
- Je ne comprends pas votre réponse. Pour la dernière fois, pourquoi appelez-vous ?
- Écoutez, il y a un problème avec l'ascenseur, je commence à étouffer...
- Je ne comprends pas votre réponse. Communication interrompue.

Subitement, sans raison apparente, l’ascenseur reprend sa course avant de s’arrêter à nouveau brutalement, porte toujours bloquée.Subitement, sans raison apparente, l’ascenseur reprend sa course avant de s’arrêter à nouveau brutalement, porte toujours bloquée. J'attaque les battants à coups de poings et de pieds, la porte s’ouvre enfin. Je suis au rez-de-chaussée, et qui vois-je ? Mon chef de service, qui me lance d’un ton goguenard :
« Ah, tu es bien pressé ! Tu n’avais pas besoin de faire tout ce boucan pour signaler ton départ. Dis donc, plus tu arrives tard, plus tu repars tôt ! Encore un petit effort et les deux coïncideront ! »

Auteur : Marc Duclos

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