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13 mai 2011

Recherche âme sœur

Mon nom est Aristote-AmpèreMon nom est Aristote-Ampère (AA en abrégé, comme ça, je suis le premier dans l’annuaire). Mes prénoms sont Alfred Antoine Alexandre. Désolé, je n’ai choisi ni l’un ni les autres, mais je porte vaillamment ma croix. J’ai 35 ans et je cherche toujours l’âme sœur. Évidemment, ça commence à être un peu longuet. Physiquement, je ne suis ni petit ni grand (mes amis penchent plutôt pour petit, moi, pour grand). Je ne suis ni gros ni maigre, disons potelé, rondelet, un peu grassouillet peut-être, mais sans plus. Intellectuellement, je me considère comme super intelligent, presqu’un génie. D’ailleurs mon QI est de… Bon, peu importe, il n’y a pas que le QI dans la vie, les chiffres ne sont pas mon fort et de toute façon, les génies sont tous des incompris.


Comme je vous le disais, je recherche ma Suzanne désespérément. Où la rencontrer ? En boîte ? Je ne suis plus très jeune et je ne danse pas vraiment bien (John Travolta, avec sa fièvre du samedi soir, m’a toujours laissé pantois). Restent les sites de rencontre.




Je m’inscris d’abord sur MeeticJe m’inscris d’abord sur Meetic. Je ne mets aucune photo et n’indique ni ma taille ni mon poids. Juste mon âge, moins 5 ans (j’adore les arrondis). Heureuse surprise ! Une semaine plus tard, une candidate me contacte et nous fixons un rendez-vous dans un café. Elle s’appelle Amandine.



Une rousse flamboyante aux formes divines pénètre dans la salleJe chancelle jusqu’au café, où j’arrive avec une demi-heure d’avance. Installé, j'attends fébrilement ma Cendrillon. À l’heure fixée, une rousse flamboyante aux formes divines pénètre dans la salle. Son regard fait le tour des clients. Elle me voit, j’en salive d’avance. Elle s’approche… et s’arrête à la table voisine où un bel Apollon sirote peinard son whisky. Elle lui demande de sa voix la plus enjôleuse : « Alfred Antoine ? ». Surpris, le bel éphèbe la contemple et, sans répondre à sa question, lui propose aussitôt de s’asseoir et de prendre un verre. Elle accepte. Mortifié, je pars. Que faire d’autre ? Je n’allais pas m’asseoir à leur table.



Un mastodonte de sexe féminin enfonce la porte d’entréeDélaissant Meetic, je m’inscris sur Attractive World. Deux jours plus tard, nouvelle candidate et nouveau rendez-vous dans un nouveau café. Je m’assois et j’attends, un peu angoissé. À l’heure convenue, un mastodonte de sexe féminin enfonce la porte d’entrée, bouscule tout et tous sur son passage, passe de table en table en scrutant les clients pétrifiés. J’en bave d’appréhension. Arrivée à mon niveau, l’ogresse grimace un terrifiant rictus et grommelle d’une voix caverneuse : « C’est toi mon Alfred Antoine ? ». Terrorisé, je parviens à articuler lâchement, d’une voix mourante « Non, non, vous faites erreur. Alfred Antoine, c’est l’homme assis tout au fond, près des toilettes ». La jument me repousse et trotte vers le malheureux futur jockey. Je lui dédie une courte prière avant de m’enfuir au triple galop.



Je m’inscris donc sur le site eDarlingCes tentatives infructueuses entament quelque peu mon moral, mais je persiste hardiment. Je ne vais pas rester célibataire toute ma vie ! Je m’inscris donc sur le site eDarling. Cette fois-ci, je précise mes exigences et je ne révèle que le minimum de moi-même. Disons, pour être honnête, que je camoufle mes défauts et m’invente quelques qualités : bel homme d’1,85 mètre, sportif, élégant, excellente situation.


Pour pêcher, il faut bien lancer des appâtsPour pêcher, il faut bien lancer des appâts… Et ça mord bien : le jour suivant, mon hameçon accroche un poisson qui se décrit comme étant une jeune femme brune, rieuse et sensuelle, de 25 ans et libre de suite. Rendez-vous immédiat, il ne faut pas rater une telle occasion ! Troisième bistro, loin des deux premiers. Je m’assois, j’attends. L’heure du rendez-vous passe. Déjà une demi-heure de retard ; m’a-t-elle posé un lapin ? Soudain, qui vois-je entrer dans la salle ? Je n’en crois pas mes yeux. Ma sœur, ma propre sœur, qui semble chercher quelqu’un dans la foule compacte. Je tente de me cacher sous la table. Trop tard ! Elle m’aperçoit et paraît aussi décontenancée que moi. Elle hésite quelques secondes puis vient à mon encontre et s’exclame d’une voix désappointée : « Quelle surprise ! Je venais tout à fait par hasard boire une limonade. Et toi, que fais-tu là ? ». Je lui réponds : « Pareil ! C’est drôle les coïncidences quand même ! ». Gênés l’un et l’autre, nous contemplons sans rien dire les mouvements de la rue. Après plusieurs toussotements et reniflements, nous nous séparons et repartons chacun de notre côté. Seuls.

Je cherche bien l’âme sœur… mais pas la mienne.


Auteur : Marc Duclos



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